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Une histoire d’abattoirs qui dure depuis 100 ans

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MessageSujet: Une histoire d’abattoirs qui dure depuis 100 ans   Sam 23 Fév - 23:16

Une histoire d’abattoirs qui dure depuis 100 ans

Winnipeg Free Press
Le jeudi 23 février 2006

Par Peter Singer et Bruce Friedrich

FÉVRIER marque le 100e anniversaire de la publication de The Jungle par Upton Sinclair, un livre marquant qui révèle les conditions horribles de l'industrie des viandes au tournant du siècle dernier. Le roman a tellement choqué qu’il a provoqué la tenue d’une enquête gouvernementale et l’adoption de la Federal Food and Drug Act.

Ce qui est scandaleux aujourd’hui est de voir comment les conditions ont peu changé. En 2006, exactement comme en 1906, ni les animaux de ferme ni les consommateurs ne sont protégés des industries de la viande et de l’abattage.

En 1906, M. Sinclair écrivait : « Ils avaient des chaînes qu’ils attachaient autour des pattes du cochon le plus près… un à un, ils les accrochaient et, un à un, d’un geste rapide, ils leur tranchaient la gorge. Il y avait une longue rangée de cochons dont les cris perçants faiblissaient à mesure qu’ils se vidaient de leur sang, jusqu’à ce qu’enfin la ligne reparte et que chacun disparaisse dans une énorme cuve d’eau bouillante avec un bruit d’éclaboussement. »

Dans sa dénonciation de l’industrie de l’abattage, la journaliste d’enquête Gail Eisnitz a décrit les mauvais traitements infligés couramment, de nos jours, à toutes les espèces d’animaux de ferme dans les abattoirs. Elle a entendu des inspecteurs du U.S. Department of Agriculture (USDA) témoigner avoir vu que des cochons tout à fait conscients étaient frappés à la tête à l’aide de tuyaux en plomb, poignardés en vue d’être saignés, puis trempés dans de l’eau à 140 degrés pour éliminer leurs poils. Un employé d’abattoir raconte : « C’est impossible que ces animaux puissent être saignés dans les quelques minutes nécessaires pour monter la rampe. Au moment où ils atteignent la cuve d’échaudage, ils sont encore parfaitement conscients et poussent des cris aigus. Ça arrive tout le temps. »

Les propos à soulever le cœur de M. Sinclair sur la viande pourrie ou provenant d’animaux malades, emballée et vendue aux consommateurs sans méfiance, ne sont pas seulement les vestiges d’une époque où la salubrité était moins stricte. De nos jours, de la viande contaminée provenant d’abattoirs inspectés par le gouvernement est couramment retirée de la vente à coup de millions de livres. Chaque année aux États‑Unis, il y a 75 millions de cas d’empoisonnement alimentaire, dont 5 000 sont mortels. Le U.S. Department of Agriculture rapporte que 70 p. cent des maladies d’origine alimentaire sont causées par de la chair animale contaminée.

Les lois adoptées pour remédier à ces problèmes sont aussi décevantes aujourd’hui qu’elles l’étaient dans le passé. M. Sinclair déplore que la Food and Drug Act ait été affaiblie ou, comme il le dit, privée de tout son mordant, après que l’industrie de la viande ait fait pression sur les autorités gouvernementales et mené une campagne publicitaire visant à discréditer The Jungle.

Par exemple, légalement, aux États-Unis, il n’est toujours pas obligatoire d’étourdir les poulets avant l’abattage. M. Mohan Raj, chercheur au département des sciences vétérinaires cliniques de l’université de Bristol, en Angleterre, a enregistré l’activité cérébrale de poulets après qu’ils ont subi diverses formes d’étourdissement. Il nous apprend que même si les poulets abattus aux États-Unis sont électrocutés avant qu’on ne leur tranche la gorge, ce n’est pas assez pour les rendre inconscients. L’utilisation d’un courant électrique suffisamment puissant pour provoquer une perte de conscience immédiate risquerait de compromettre la qualité de la viande et, puisqu’il n’y a pas d’obligation légale d’étourdir les poulets, l’industrie ne prendra pas ce risque. Au lieu de cela, plus de neuf milliards d’oiseaux chaque année – ou environ un million d’oiseaux à l’heure – reçoivent un choc électrique qui les paralyse sans les rendre inconscients. Du point de vue de l’industrie, cela est suffisant parce que les oiseaux sont immobilisés, ce qui permet de leur trancher la gorge.

Les lois ont échoué à protéger les animaux, car l’industrie de la viande d’aujourd’hui exerce un pouvoir énorme à Washington. Au cours des cinq dernières années uniquement, le secteur agro-industriel a canalisé plus de 140 millions de dollars vers des politiciens qui ont gagné cet argent en s’assurant que les lois visant à protéger les consommateurs et les animaux ne sont pas adoptées. Comment les gens sur qui nous comptons pour réglementer l’agriculture industrielle peuvent-ils être si facilement influençables? Peut-être agissent-t-ils ainsi parce que souvent les personnes embauchées par le gouvernement sont d’anciens employés qui travaillaient pour l’industrie de la viande.

Voici seulement deux des nombreux exemples : Ann Veneman, ancienne secrétaire à l’Agriculture, a été membre du conseil de la grande société agricole Calgene, et son chef du personnel, Dale Moore, a travaillé pour la National Cattlemen's Beef Association.

Eric Schlosser, l’auteur du succès de librairie Fast Food Nation, écrit : « Le USDA représente aujourd’hui un bon exemple d’organisme gouvernemental qui a été complètement conquis et corrompu… du coup, les Américains ordinaires, aussi bien républicains que démocrates, en paient le prix de leur santé et, parfois, de leur vie. »

Cela aussi est tout autant vrai aujourd’hui qu’à l’époque. Chaque animal abattu est un individu. Comme M. Sinclair l’a écrit : « Chacun de ces cochons était une créature distincte… et chacun d’eux avait sa propre individualité, sa propre volonté, ses espoirs et une raison d’être; chacun était très confiant, très digne et très conscient de sa propre importance. »

Un siècle semble avoir fait peu de différence.

Peter Singer est professeur de bioéthique (Ira W. DeCamp) à l’université de Princeton. Bruce Friedrich est directeur des campagnes végétaliennes pour People for the Ethical Treatment of Animals, 501 Front St., Norfolk, VA 23510; MeetYourMeat.com. http://www.meetyourmeat.com/
http://www.humanefood.ca/francais/News/news_86.html
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