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 | Sujet: L'amour au temps de l'écologie Mer 21 Juin - 17:02 | |
| Article du journal le Soleil
L'amour au temps de l'écologie
Anne Drolet
Le Soleil
Quand on aime, on voudrait tout partager avec l'être cher. Mais qu'arrive-t-il si ce dernier décide de partir en croisade contre les abattoirs, les OGM ou les gaz à effet de serre, alors que vous êtes loin d'épouser les mêmes causes?
L'énoncé est certes un peu caricatural, mais la question reste entière : un couple peut-il survivre sans qu'il y ait harmonie quant aux valeurs et idéaux?
« Un couple n’est pas suspendu dans le vide. Il est situé dans un environnement plus large, qui est celui de la société ambiante », affirme le sociologue Pierre St-Arnaud. Et cette société exerce une pression pour que ses citoyens se positionnent sur les préoccupations actuelles, notamment l'écologie.
Les gens lisent, voient des dossiers à la télévision. Pas seulement les jeunes, mais des personnes de tous âges. Ils en discutent, se forgent une opinion, décident parfois d’agir, relate le professeur de l’Université Laval. Et cette réflexion, qui remet en question les valeurs profondes, risque d’avoir un impact sur eux... et sur leurs relations interpersonnelles.
C’est exactement ce qu’ont vécu Pierre-Paul Paquet et sa conjointe Huguette Roux-Lessard, deux retraités. Après avoir visionné un reportage sur les produits chimiques et la pollution à la maison, ils ont modifié leurs habitudes. Exit les produits toxiques, bienvenue aux produits et aliments biologiques.
Mme Roux-Lessard souffrant d’asthme, sa santé s’est immédiatement améliorée. Ils militent maintenant ensemble, tentent de conscientiser leur entourage. Ce but commun les a réunis. « Ça renforce le couple », remarque Mme Roux-Lessard.
Mais que se serait-il passé si un des deux n’avait pas voulu entreprendre ce virage écologique? « Ça peut créer des conflits importants », estime la psychologue Diane Allaire.
Car si l’on peut cerner les valeurs d’une nouvelle flamme avant de s’engager, le coup peut être dur à encaisser pour les couples établis. Les amoureux, qui partageaient jusque-là une même vision, voient une distance s’installer entre eux. Selon l’importance que prend cette nouvelle préoccupation dans le quotidien, l’écart peut devenir un véritable fossé, et la rupture devient alors imminente.
À prendre, ou à laisser
Certains principes ne sont pas négociables. Stéphan Lévesque est catégorique : jamais il ne pourrait se lier avec quelqu’un qui ne recycle pas. « Je trouve que quelqu’un qui n’adhère pas à ça, c’est un manque de respect envers toute la société et les futurs enfants qui vont arriver sur notre planète, qui ne se porte pas très bien », pense le technicien informatique de 31 ans.
S’il n’accepte aucun compromis sur l’environnement, sa blonde et lui ont dû trouver un terrain d’entente sur un autre principe de vie : la consommation de viande. Sa copine a choisi d’être végétarienne. Elle dénonce le traitement réservé aux animaux. Bien que Stéphan n’approuve pas la cruauté animale, il ne peut se passer d’un bon steak.
Au début, sa petite amie lui décochait quelques flèches lorsqu’il mangeait de la viande. « Je lui ai fait comprendre que je respectais son choix, mais qu’elle (devait) aussi respecter le mien. »
Bien qu’ils soient arrivés à un compromis, cette divergence perturbe la vie quotidienne. « On fait nos épiceries et nos repas chacun de notre côté. On ne fait (pratiquement) jamais nos repas ensemble. » L’avantage : les deux tourtereaux s’assurent ainsi de savourer un mets qui leur plaît vraiment.
Par contre, Stéphan aime bien se payer un petit resto chaque semaine. Souvent, il doit se résoudre à y aller seul. « Ça, c’est vraiment plate », admet-il.
Le danger réside dans la création de vies parallèles, avertit Diane Allaire. « On ne peut pas vivre comme sur deux planètes dans une même maison. » Surtout lorsque la famille s’élargit. « Et les enfants là-dedans, qu’est-ce qu’ils vont manger? » s’interroge-t-elle.
Un couple peut-il survivre malgré des valeurs ou habitudes de vie différentes? « Quand c’est trop diamétralement opposé, on s’expose à plus de frustrations et de discorde. Alors ça prend une excellente communication pour s’en sortir, laisse-t-elle planer, avant d’ajouter : Et encore, à la longue, ça peut user. »
Enjeu transcendant
Steven Guilbeault, porte-parole de Greenpeace au Québec, reste optimiste. « L’amour étant une chose passablement nébuleuse et irrationnelle, j’imagine que tout est possible». Il conçoit par contre qu'il peut être ardu de vivre au quotidien avec quelqu'un qui ne partage pas les mêmes principes, puisque l'environnement «n’est pas juste un travail, c’est une façon de vivre. » Si sa conjointe et lui ne sont « pas toujours au même diapason », il existe néanmoins une grande harmonie en ce qui a trait aux questions environnementales.
Parmi les militants qu’il rencontre, certains ont formé des unions avec des gens dont les professions n’ont aucun lien avec l’environnement, et qui peuvent à la limite aller à l’encontre de certains fondements écologiques. Mais rien n’empêche un gestionnaire de portefeuilles d’être conscientisé. C’est un enjeu qui transcende les secteurs d’activités.
« Peu importe notre fonction professionnelle, on est d’abord et avant tout des êtres humains, qui sont concernés par des choses qui sont plus grandes que nous. »
http://www.cyberpresse.ca/article/20060621/CPACTUEL/60621012/1015/CPACTUEL |
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