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Famille végétalienne

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Ahimsa
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MessageSujet: Famille végétalienne   Sam 9 Déc - 22:18

Cheminement d'une famille végétalienne-
Brigit S. Marlin - Journal AHIMSA, automne 2006 -

Mon parcours vers le végétalisme s'est fait assez graduellement quand je repense à toutes ces années derrière moi. J'ai l'air d'avoir 63 ans quand je dis « toutes ces années » mais je n'en ai vraiment que 36. C'est probablement parce que je trouve toujours qu'il m'a fallu un peu trop de temps avant de m'engager de tout cœur. Un côté de moi pense maintenant que c'était ma destinée de cheminer vers plus de compassion dans mon assiette. Naître dans une famille de chasseur n'était pas un hasard surtout quand un de ceux-ci se convertit, la plupart de mes artistes préférés étaient végétariens bien qu'à l'époque, je ne le savais pas (par exemple Bryan Adams, Robert Smith de The Cure, Peter Gabriel, John Lennon) et même mon prénom et ma date de naissance sont significatifs ; je suis née un 22 avril, Jour de la Terre, journée où on demande aux gens de passer une journée végé (entre autre) et ma mère m'a prénommée Brigitte à cause de Brigitte Bardot qu'elle trouvait très belle. Elle ne se doutait pas que je serais aussi passionnée et aussi sensible qu'elle... Ça me blesse personnellement quand on la dit folle.
Je suis petite-fille de chasseur, nièce de chasseurs et fille d'ex-chasseur. Je suis très très fière d'être la fille d'un père qui a un jour réalisé que la chasse était cruelle, en regardant dans les yeux un jeune cerf qu'il venait d'abattre. Toute petite, je détestais déjà la chasse et refusais de manger ce que ramenait mon père.

Comme la plupart des gens j'imagine, je ne voyais pas que la poule, la dinde, le poisson ou la vache dans mon assiette étaient eux aussi, des animaux qu'on avait tués. J'ai compris cela lorsque j'ai vu le film City Slickers avec Billy Crystal, il y a plus de 10 ans maintenant. La chair sous cellophane à l'épicerie n'apparaissait pas là magiquement. Tout un choc. Mais pas encore assez gros pour faire tomber les piliers de 25 années de programmation sociale au sujet de la nécessité de la chair animale dans nos assiettes.
Aidée par nombre de lectures, je me disais alors que l'important, c'était de remercier, d'avoir une pensée de gratitude pour l'animal tué. Que ce soit "Le Guerrier Pacifique", "La Vraie Nature de la Volonté" ou "La Prophétie des Andes", on nous disait qu'il était bon de seulement diminuer sa consommation d'animaux, qu'il était acceptable de manger de la viande tant qu'on n'en était pas dépendant. Pas de réel engagement et presque jamais pour des raisons de compassion. Pour des raisons d'évolution personnelle ou de santé, oui.

Quand je fus plus éveillée, j'ai rencontré d'autres livres "spirituels" qui appelaient plus à un réel engagement tout en mentionnant la souffrance animale.

UN ANIMAL À LA FOIS

Mais on tient à notre programmation mentale, je le vois trop bien. City Slickers a réussi à ne plus jamais me faire manger de veau. C'est un peu de cette façon que mon esprit procédait : un animal à la fois.

La prochaine étape fut la lecture du livre Food par Susan Powter. Quelle horreur de lire, non seulement les traitements réservés aux animaux d'élevages industriels, mais aussi ce qu'on ingère en leur volant leur vie. « Lors de l'inspection des carcasses de poulet, 10 carcasses sur 15 000 sont inspectées. La carcasse doit avoir 3 ulcères ou plus, 3 abcès ou plus ou un tumeur cancéreux pour qu'elle soit retirée. Quand celles-ci sont retirées, les abcès sont enlevés et elles sont ensuite remises sur la ligne de production. »
Comment est-ce possible que lire ce genre d'information ne réussisse pas, en un seul jour, à me rendre végétarienne, je ne le sais pas. Comment est-il possible que je n'aie pas complètement arrêté de manger du poulet, je ne sais pas non plus. Ce que je sais, c'est que ma consommation de ces oiseaux intelligents n'a fait que diminuer.
Comment pouvons-nous souhaiter la paix sur terre et répandre le sang par nos choix égoïstes?
Le film Babe a réussi à lui seul, à enlever les cochons de notre menu. Notre menu parce que durant tout ce temps, mon merveilleux mari vivait en même temps que moi ce lent éveil. « Noël veut dire Carnage ! » Je n'oublierai jamais quand Ferdinand le canard a lancé cette phrase qui nous a tant secoués. Babe demeure un de nos films préférés.

Noël, fête de paix et d'amour est un Carnage pour tous ces animaux qui ne bénéficient pas de notre paix et de notre amour.

Durant ces années, nous avons fait notre première visite à une épicerie d'alimentation naturelle, grâce à ma mère. Nous partagions nos réflexions et nos découvertes et ensemble nous cheminions vers le végétarisme. Nous découvrions le baba ghanouj, le hummus, le végé-pâté. Les saucisses à hot-dog végés, les galettes Porat.

D'année en année, nous réduisions toujours plus notre consommation de chair jusqu'au point où nous avions des périodes de 6 à 8 mois végétariennes et quelques mois de carnivores.

J'ai eu beaucoup de difficulté durant 2 ou 3 années à vivre un Noël sans dinde. Je me souviens que pour moi, avoir une dinde à Noël, c'était un compromis social. Ma mère semblait tenir à cette dinde de Noël et je n'avais pas le courage de m'y opposer vraiment. J'étais de plus en plus malheureuse par contre car je suis plutôt du genre passionnée et accepte très difficilement de faire des compromis sur mes valeurs. Un jour par contre, j'ai été aidé par la réalisation que consommer du poulet ou de la dinde me faisait me sentir très mal physiquement et je sentais que ce n'était pas lié à ma culpabilité.

Les oiseaux venaient de disparaître définitivement de nos assiettes. Le dernier pas restait les poissons. Nous en mangions très occasionnellement, encore une fois surtout pour des raisons sociales, comme la visite de mon frère qui je le sentais, n'accepterait pas notre végétarisme mais aussi, parce que j'étais encore programmée à l'idée que le poisson est nécessaire à la santé. C'était avant la mode des Omega-3, dieu merci. Nous sommes devenus végétariens dans une allée du Maxi et Cie à Ste-Foy, devant les bâtonnets de poisson du Capitaine HighLiner plus précisément. Je me suis tournée vers mes 3 fils et leur ai demandé s'ils voulaient du poisson, car il y avait longtemps que nous en avions mangé. « Maman, on ne veut plus en manger du poisson. Les poissons aussi souffrent ». Je crédite mes enfants pour mon végétarisme. Sans eux, aurions-nous, mon mari et moi fait ce dernier pas ? Ou aurions-nous continué à admettre qu'un poisson qui meurt de temps en temps était acceptable ? Est-ce que mes parents auraient décidé de devenir végétariens pour « soutenir » les valeurs de leurs trois petits-fils ? Je ne le sais pas. Mais je sais que cette sensibilité, cette intelligence chez nos fils m'ont touchée moi d'une façon définitive. Ils ne suivaient plus ce que je leur racontais sur les traitements infligés aux animaux, ils s'engageaient de tout cœur et d'une façon permanente.

Nous étions végétariens avant tout pour des raisons de compassion mais nous étions aussi très conscients de l'aspect santé, environnemental et même spirituel. Comment pouvons-nous souhaiter la paix sur terre et répandre le sang par nos choix égoïstes? Il était impensable que nous ne devenions pas végétaliens. Nous avons éliminé lait, yogourt, beurre et les œufs beaucoup plus rapidement. Le fromage fût le dernier pas. Notre santé s'est améliorée immédiatement. Beaucoup de mes maux sont disparus. Mes parents nous ont suivis encore une fois et sont reconnus pour faire fuir les vendeuses d'une épicerie d'alimentation naturelle de la région, demandant toujours qu'on leur commande divers produits végétaliens facilement disponibles à Montréal.

Il y a 10 ans, un film a semé une graine dans notre cœur, qui avec un peu d'amour et d'attention, a pu grandir pour transformer notre vie et nos choix. Nous continuons à cheminer vers toujours plus de conscience, je l'espère. C'est un engagement qui nous a transformés et nous a fait voir la vie avec de nouveaux yeux. Il y a effectivement un peu plus de paix dans le monde tout simplement parce qu'il y en a plus dans notre cœur…
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